Frida


Du 28 février au 31 mars 2023 Maintenant que la décision est prise d’abandonner Frida, je vais employer mon temps à récupérer ce qui peut l’être. Ici , tout fontionne lentement. La panne de Frida est fatale.

Je ne perds pas que le véhicule mais aussi tout le travail de préparation que j’ai réalisé avant mon départ. Je relativise, il ne s’agit que de matériel.

J’ai beau retourner la question dans tous les sens, l’abandon de Frida et la meilleure solution envisageable.

Au moins, je veux récupérer la caution liée au CPD et pour ça je suis confronté à l’administration sénégalaise. Ce n’est pas simple car les différents services n’aident  pas. Tous espèrent récupérer sans en payer le prix un beau véhicule. Ça va me prendre beaucoup de temps et d’énergie.

Ainsi, Je me suis posé à Kabrousse pour être proche du garage chez Thierno. J’ai loué un appartement pour un mois à la résidence Koumpo, chez Soukeyna.

Le garage est une catastrophe,  désorganisé, sale. Il n’y a ni outillage, ni organisation de garage. Les compétences manquent. Il n’y a pas de conscience professionnelle, les mécanos travaillent sans soin. Ce que j’observe est désolant. Ce sont des bricoleurs. Il suffit de voir l’état des véhicules ici pour s’en convaincre. La notion d’entretien n’existe pas. Les pièces cassées ne se remplacent pas, on rafistole. Même des voitures assez récentes ont des allures de vieilles carcasss.

Le CPD, Carnet de Passage en douane. Ce carnet règle la problématique de l’importation temporaire de véhicules. Les pays,  notamment africains,  veulent ainsi éviter que de vieilles voitures soient vendues sur leur territoire,  sans payer les taxes d’importations.  L’entrée et la sortie du véhicule est enregistrée dans le carnet.

Pour obtenir le carnet, il faut payer une caution.  Cette caution est perdue si le véhicule ne quitte pas le pays concerné. Il est toutefois possible de récupérer cette caution en apportant la preuve que le véhicule a été détruit dans les règles suite à un accident ou une panne. Ce sont les douanes qui doivent émettre ce document.  Au pays de la corruption et des piques-mille, ça ne va pas être facile.

La première tentative se fera par Thierno qui est intéressé par la reprise de Frida à vil prix. Pour les pièces assure-t-il. Je suis d’accord à condition que le problème du CPD soit inclus.  Aucun problème déclare-t-il,  un de ses contacts peut le faire car il connaît le  directeur des douanes de Ziguinchor.  Peine perdue,  je récupère une semaine plus tard mon CPD, sans tampon ni preuve de destruction.

Vient ensuite le mécano du garage.  Il veut la voiture gratuitement pour un haut fonctionnaire des douanes qui peut arranger l’affaire du CPD. Je refuse.

Je contacte ensuite moi-même les douanes de Dakar, qui me revoient à celles de Ziguinchor.  J’entre finalement en  contact avec un lieutenant des douanes de Oussouye.  Au bout de 2 semaines de contacts et de relances,  j’obtient plus ou moins la procédure à suivre.  Ensuite s’ajoutent quelques jours pour obtenir un papier de Thierno qui certifié que le véhicule est en panne et ne peut pas réparé.

Fred me met en contact avec deux transitaires qui pourraient obtenir ces papiers des douanes en mon nom. Au bout d’une semaine de relances,  je laisse tomber.

Je décide de faire le voyage de Dakar pour me rendre moi-même aux douanes.  J’aurais de toute façon dû m’y rendre. Même avec l’aide d’un transitaire, il aurait besoin des documents originaux. Je me balade de bureaux en bureaux,  de bâtiments en bâtiments,  avant de trouver le bon office.

Premier entretien avec un adjudant,  puis son chef, un lieutenant,  puis avec le chef suprême,  un colonel. Toutes ces personnes sont très sympathiques et agréables avec moi, mais toujours pas de solution. Au final, je dois adresser une demande écrite de destruction et mise en pièces détachées de Frida au directeur général des douanes sénégalaises, rien que ça! Demande déposée le 28 mars.

Je termine le démontage le 25 mars. Dans un premier temps, j’entrepose tout le matériel à l’appartement. Nettoyage. 

Durant cette période,  je profite de l’océan,  de me balader et de découvrir la région avec le Djakarta que j’ai loué. Lecture aussi,  je suis toujours absorbé à la lecture du pavé de Sylvain Tesson. Je vois souvent Fred et Bijou.  Ce mois aura aussi été l’occasion de m’immerger dans cette région du Cap, de nouer des contacts intéressants aussi bien avec des locaux que des résidents étrangers.  Un mois de vie plus conventionnel,  tranquille. J’ai tout de même hâte de continuer ma route.

Le 31 mars, j’ai tout liquidé, il me reste mon sac à dos et une valise.  J’ai entreposé les pièces de l’équipement de Frida chez Fred. J’ai donné aussi passablement de choses,  les meubles intérieurs,  le matelas,  affaires de cuisine, les affaires de camping. 

Changement brutal, je suis passé du 4×4 aménagé au sac à dos. J’avais totalement sous-estimé les conséquences d’une grosse panne. Le fiabilité du véhicule est essentielle. Il faut des véhicules simples et robustes qui ne nécessitent pas de réglages électroniques.

Je prends le bus collectif pour Ziguinchor en fin d’après-midi. Je devrai de toute façon revenir ici pour liquider physiquement Frida dès que j’aurai une solution pour mon CPD.


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